Logo
griot
Ce dessin est une vérité crue que la plupart refusent de regarder en face : commencez par faire exister quelque chose, même si c’est laid, fragile, inutile en apparence. L’exemple du moteur est clair. Le premier prototype est un amas chaotique de tubes, de soudures imparfaites, de pièces bricolées. Mais il existe. Et parce qu’il existe, il peut être amélioré. Parce qu’il existe, il peut servir de base. Parce qu’il existe, il ouvre la voie à une deuxième version, puis à une troisième, jusqu’à atteindre la perfection. Rien de grand ne commence parfait. Tout commence dans l’imperfection.

Le problème de la jeunesse noire, en Afrique comme dans la diaspora, c’est qu’elle confond fierté et paralysie. On veut tellement que tout soit « beau », « reconnu », « parfait » que l’on finit par ne rien faire. On critique celui qui commence, on se moque de l’imperfection, on tue dans l’œuf l’étincelle de création. On préfère l’image de respectabilité au chaos nécessaire de la naissance. Et pendant que nous hésitons, les autres avancent, version après version, prototype après prototype, jusqu’à nous dépasser complètement.

Regardez les villes africaines : des immeubles fantômes construits pour montrer, mais jamais habités. De la pierre figée, mais aucune vie à l’intérieur. Voilà la métaphore. Nous bâtissons trop souvent pour l’image, pas pour la fonction. Nous voulons des produits finis avant même d’avoir commencé. Nous voulons que nos rêves soient parfaits avant de leur donner un corps. Résultat : nous restons immobiles, prisonniers d’une illusion de grandeur qui n’existe pas.

Ce qu’il faut dire aux jeunes noirs, c’est simple : bâtissez n’importe quoi. Même si c’est médiocre. Même si c’est inutile. Même si personne n’y croit. Faites exister vos idées. Écrivez ce texte que vous croyez raté. Codez ce logiciel que vous pensez trop simple. Lancez cette petite entreprise que vous jugez ridicule. Peu importe. La perfection viendra plus tard, mais elle ne viendra jamais si rien n’existe. Ce n’est pas la beauté du premier pas qui compte, c’est son existence.

Il vaut mieux mille prototypes ratés qu’une génération entière qui attend encore la permission de commencer. Il vaut mieux des cercles imparfaits qui s’affinent avec le temps que des rêves magnifiques jamais sortis de la tête. Parce que chaque prototype raté est une pierre ajoutée au mur d’une civilisation. Chaque tentative, aussi banale soit-elle, est un signal envoyé au monde : nous sommes là, nous essayons, nous apprenons, nous progressons.

La diaspora doit comprendre : l’action est plus importante que la reconnaissance. Ceux qui dominent aujourd’hui n’ont pas commencé avec des produits parfaits. Apple a commencé dans un garage avec des planches de bois. Tesla a failli mourir plusieurs fois avant d’imposer ses modèles. SpaceX a explosé trois fusées avant de faire décoller une quatrième. Mais ils ont construit. Ils n’ont pas attendu que les sceptiques soient convaincus. Ils n’ont pas attendu d’avoir tout le respect. Ils ont fait exister, puis amélioré.

La culture noire, aujourd’hui, doit cesser de s’obséder avec le regard extérieur. Il n’est pas important que les premiers pas paraissent ridicules. Il n’est pas important que les premiers prototypes soient mal faits. Ce qui compte, c’est de créer une dynamique de construction. Parce que la civilisation ne se juge pas au premier jet, mais à la capacité de persévérer jusqu’à ce que l’imperfection devienne puissance.

Alors, jeunes noirs, construisez. Même si c’est minuscule. Même si c’est risible. Construisez vos fondations. Faites naître vos idées. Ne vous souciez pas de l’avis des autres. Ceux qui rient de vous aujourd’hui seront obligés de vous respecter demain quand vos prototypes seront devenus des machines parfaites. L’avenir appartient à ceux qui osent commencer, pas à ceux qui critiquent du bord du chemin.

Construisez, même laid. Construisez, même inutile. Construisez, même seul. Parce que la seule honte n’est pas d’avoir mal commencé, mais de n’avoir jamais osé commencer.
10 months ago

No replys yet!

It seems that this publication does not yet have any comments. In order to respond to this publication from griot , click on at the bottom under it