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Les hommes intelligents savent déjà que parler de “faire des affaires” en Afrique aujourd’hui est une comédie. Ce n’est pas de business qu’il s’agit, c’est de théâtre : deals de façade, budgets maquillés, infrastructures lancées pour les caméras et laissées à l’abandon. On joue à l’indépendance mais sur des fondations construites dans les années 1960, fondations pourries dès le départ parce qu’elles n’ont jamais été pensées pour libérer. Elles ont été conçues pour prolonger la dépendance. Depuis, nous n’avons fait qu’empiler des couches de peinture sur un mur qui s’effondre.

Économie africaine = économie de court terme. Toujours. On sacrifie l’agriculture vivrière pour importer des sacs de riz subventionnés. On signe des prêts absurdes pour bâtir des stades vides. On vend les minerais pour quelques devises sans jamais construire une seule usine de transformation. On gère les finances comme on organise une fête : satisfaction immédiate, misère garantie. Ceux qui profitent sont quelques clans, quelques réseaux, et la majorité reste prisonnière d’un système pensé pour la consommation, pas pour la construction.

Le vrai problème, c’est cette incapacité à penser au-delà de l’instant. La mauvaise économie, comme disait Hazlitt, c’est celle qui ne regarde que l’effet immédiat sur un groupe précis. La bonne économie, c’est celle qui calcule les conséquences pour tous, sur le long terme. Mais chez nous, la mauvaise économie est devenue la norme. Le court terme est institutionnalisé. On prend une décision pour enrichir quelques-uns, et on laisse les générations futures payer la facture. Résultat : dette, dépendance, misère.

Il faut le dire clairement : tout business en Afrique qui n’a pas pour but explicite de détruire ces illusions et de refonder les bases est inutile. Il ne sert à rien de jouer au startuper quand les structures financières, fiscales et politiques sont construites pour t’engloutir. Il ne sert à rien d’investir dans le vernis alors que le bois est pourri. Si tu ne viens pas avec l’intention de casser la logique héritée de 1960, tu n’es qu’un acteur de plus dans une pièce écrite par d’autres.

Nos élites le savent. Elles se servent de ce système parce qu’il nourrit leur clan. Elles voient les effets immédiats et s’en contentent. Elles refusent de regarder plus loin. C’est pour ça qu’elles sont à l’aise avec les deals absurdes, les budgets incohérents, les dettes suicidaires. Et c’est pour ça qu’elles n’ont jamais produit une vision de civilisation. Elles vivent de la prédation, pas de la construction.

Moi je le dis : il n’y aura pas de grandeur tant qu’on ne tue pas cette logique. L’Afrique doit accepter de commencer petit, imparfait, chaotique, mais réel. Comme un prototype. Comme le premier moteur de fusée sur l’image que vous connaissez : bricolé, laid, mais existant. À partir de là, on peut itérer, améliorer, renforcer. Mais tant qu’on attend que tout soit parfait, tant qu’on construit des palais vides au lieu de laboratoires, tant qu’on préfère l’apparence au fond, nous restons immobiles.

Ce qui tue l’Afrique, ce n’est pas le manque d’intelligence. Ce n’est pas le manque de ressources. C’est le refus de commencer par bâtir les vraies fondations. Nous avons transformé la victimisation en culture. Nous avons accepté que le bruit, la violence, la gesticulation remplacent la discipline, l’organisation et le travail de fond. Le monde ne respecte pas ça. Le monde ne respecte que ceux qui construisent et qui organisent.

Le message est clair : si vous voulez être respectés, arrêtez de chercher à “participer” dans un système mort. Construisez un nouveau système. Créez vos propres institutions, vos propres réseaux financiers, vos propres outils. Même imparfaits au début. Même moqués par les foules. Parce que la civilisation ne naît pas du vacarme, elle naît du travail invisible et patient d’une minorité qui refuse de jouer à ce jeu truqué.

Je n’écris pas ça pour flatter qui que ce soit. Je l’écris parce que c’est la seule voie : détruire les illusions de 1960, reconstruire sur des bases réelles, et arrêter de gaspiller nos vies dans des business sans racine. Le futur se bâtira par ceux qui ont le courage de commencer, pas par ceux qui se contentent de répéter des slogans.
7 months ago

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