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Le plus grand drame qui écrase les Noirs aujourd’hui n’est pas seulement la pauvreté, ni la corruption des États, ni même l’exploitation extérieure. Le véritable drame, c’est ce gaspillage constant du temps, ce mode de vie où des millions d’individus passent leurs journées à “traîner”, à “miller around” comme disent les anglophones, à errer sans but, sans plan, sans horizon. Ce n’est pas du repos. Ce n’est pas de la détente. Ce n’est pas même du “rien faire” pour se régénérer. Non, c’est une forme de mort lente, une manière de tuer le temps au lieu de le transformer en puissance.

Regardez autour de vous. Dans chaque quartier populaire, dans chaque gare, dans chaque marché, il y a ces foules d’hommes et de femmes debout ou assis, simplement présents, sans activité réelle. Pas en attente de quelque chose, pas en train de réfléchir, pas en train de construire. Juste figés dans une existence de bruit, de regards vides, de bavardages stériles. Comme le disent ces descriptions impitoyables : en Europe, l’homme de la rue a une direction, une tâche, un rythme. En Afrique, trop souvent, les foules sont là sans destination, prêtes seulement à courir s’il y a une bagarre, un accident, un voleur à attraper. Spectateurs permanents de leur propre vide.

Ce n’est pas une caricature, c’est une observation répétée par des milliers de témoins, par des écrivains, des sociologues, des bénévoles étrangers. La vie de rue, dans les ghettos comme dans les villages, est dominée par une logique d’oisiveté collective. On appelle cela la “culture”, mais en vérité c’est un cancer. Les heures s’effritent, les journées disparaissent, et la seule “excitation” vient d’un potin, d’un spectacle improvisé, d’un désordre. Comme le note Doeringer et Piore : “la vie tend à être immédiate et sensationnelle, le passé est rappelé en permanence et l’avenir n’est jamais anticipé”. Voilà la tragédie : le futur n’existe pas dans la tête de beaucoup.

Le problème est si enraciné qu’il est même reflété dans la langue. Certaines langues africaines n’ont même pas de mot précis pour le futur lointain. Elles peuvent décrire demain, peut-être la saison prochaine, mais pas dans dix ans, pas dans trente ans. Comment planifier une nation, une entreprise, une civilisation si le langage même ne contient pas les outils pour penser le long terme ? Comment entretenir une route, une bibliothèque, une usine, quand on n’a pas de mot solide pour “maintenance”, parce qu’on vit toujours dans l’instant immédiat, dans l’usage immédiat, sans penser à l’usure, à la conservation ?

Ce qui choque encore plus, c’est l’absence totale de conscience de ce gaspillage. On est fiers de “traîner ensemble”, de rester des heures à “tenir le mur”, à occuper l’espace sans fonction. Cela devient un style de vie. Mais à l’échelle d’une société, c’est un suicide. Chaque heure perdue, chaque journée sans production, sans apprentissage, sans organisation, est un vol contre l’avenir. C’est une dette qui s’accumule.

Le pire, c’est que cette oisiveté n’est pas passive. Elle engendre une dépendance malsaine. Regardez le “Black Tax” en Afrique du Sud : dès que quelqu’un réussit un peu, toute la famille, tout le clan vient siphonner ses ressources. Pourquoi ? Parce que les autres n’ont rien fait de leur temps. Ils ont “traîné” au lieu de créer. Résultat : l’individu productif devient l’esclave financier des improductifs. Cette logique écrase les talents et perpétue la médiocrité.

Il faut comprendre la gravité de cette situation : tant qu’un peuple passe son temps à traîner, il est condamné. Parce que le monde extérieur avance. Le monde extérieur ne dort pas. Les drones, les intelligences artificielles, les technologies, les empires financiers — tout cela se construit par ceux qui utilisent leurs heures, qui transforment leurs minutes en outils, leurs secondes en armes. Et pendant ce temps, nous, nous restons au carrefour, à commenter, à rire fort, à ne rien bâtir.

Je vous le dis sans détour : cette habitude est une malédiction plus dangereuse que toutes les colonisations, toutes les guerres, tous les ennemis. Parce qu’elle vient de l’intérieur. Un peuple qui ne sait pas utiliser son temps est un peuple déjà vaincu, même sans bataille.

Alors que faire ? Il faut casser cette culture de l’oisiveté. Chacun doit se demander : qu’ai-je construit aujourd’hui ? Qu’ai-je appris aujourd’hui ? Qu’ai-je entretenu aujourd’hui ? Si la réponse est “rien”, alors c’est une trahison. Une trahison contre soi-même, contre sa famille, contre l’Afrique.

Et pour cela, il faut aussi s’organiser. Seul, on finit par retomber dans les travers. C’est pour ça que je vous appelle à rejoindre allvillage.org. Ce n’est pas un site de bavardage inutile, ce n’est pas une place virtuelle pour “traîner” encore plus. C’est une plateforme pour réfléchir, pour planifier, pour s’arracher à cette mentalité de l’immobilisme. Chaque jour, il faut y aller, échanger, se fixer des objectifs, construire une discipline collective.

Assez de perdre nos vies dans le vide. Assez de traîner comme des spectateurs. Le temps est la seule richesse que nous avons tous également au départ. Si nous le gaspillons, alors nous serons écrasés encore et encore. Mais si nous l’utilisons, si nous le transformons, si nous bâtissons, alors personne ne pourra nous arrêter.

Je ne vous parle pas avec douceur, parce que l’heure n’est plus aux caresses. Je vous parle avec rage, parce que je vois trop d’années perdues, trop de générations englouties par cette habitude infecte. Sortez de la rue. Sortez du bruit vide. Sortez de la posture du spectateur. Et commencez à utiliser chaque minute comme une arme.
7 months ago

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